Creativity

Innovation

Originality

Imagination

 

Salient

Salient is an excellent design with a fresh approach for the ever-changing Web. Integrated with Gantry 5, it is infinitely customizable, incredibly powerful, and remarkably simple.

Download
dimanche 26 septembre 2021

Covid-19 : Solange Bongo, un médecin en colère

Médecin pédiatre, le Dr Solange Andangui Bongo Ayouma dénonce le manque de patriotisme de certains Gabonais dans les réseaux sociaux en pleine crise sanitaire du covid-19. Elle défend avec force le corps médical et rappelle la nécessité de faire preuve de solidarité pour combattre cet ennemi invisible et commun.

 

Mes chers compatriotes !

Voici que parvient jusqu’à vous, depuis les sources de l’Ogooué, le cri de détresse d’un médecin en colère ! Spectatrice impuissante d’une catastrophe annoncée par ces oiseaux de mauvais augure, du bord de l’Atlantique, pourtant à genoux, atteints au cœur de leur fierté, mais gardant, l’œil prédateur d’un aigle en déclin, sur notre mère Afrique, vermisseau à leurs yeux, néanmoins, berceau de l’humanité, terre de nos ancêtres, phénix indestructible.

Alors, j’ai décidé de prendre ma plume, pour combattre avec des mots, ces maux venus d’ailleurs… Qui suis-je ? Peu importe. Une fille de Gaboma, berceau de mes ancêtres, terre qui m’a vu naître.

L’heure est grave, mesdames et messieurs. Non, la pandémie du Covid-19 n’est pas une maladie virtuelle, ni un jeu, et encore moins, un match de foot ! Le virus, ce minus géant assoiffé de sang, après avoir terrassé l’Orient et décimé l’Occident, est bel et bien chez nous !

« Mais force est de constater que (…) certains en doutent encore ! »

Faisant fi des frontières, des races ou portefeuilles, ramenant chacun à sa place ; celle d’un minuscule être humain, géant aux pieds d’argile, perdu face à l’inconnu, et cherchant en désespoir de cause, un secours divin, d’un Dieu jusque-là sacrifié sur l’autel de ses vaines quêtes…

Mais force est de constater que dans nos réseaux sociaux, certains en doutent encore ! Tandis que d’autres, confinement oblige, ont décidé de prendre pour exutoire en lieu et place du ballon rond, détrôné à l’occasion par le roitelet Covid, les blouses blanches, pourtant premières victimes, de cette guerre invisible qui ne dit pas son nom.

Ces nostalgiques du sport roi défunt, loin d’être à court d’idées, ont vite fait de créer leur propre championnat, commentant à qui mieux-mieux avec force cartons rouges et autres penalties, l’incontournable compte-rendu quotidien de l’inexorable progression de cet insidieux ennemi. Qui suis-je ? Peu importe. Mais pour satisfaire votre curiosité et éviter toute récupération de ma légitime colère, je tiens à clarifier les choses. Je ne suis nullement membre du Copil, mis en place en toute hâte pour la circonstance. Je n’adhère à aucun parti politique. Je suis un esprit libre, enfant de Gaboma, citoyenne ordinaire, guidée par la lumière, médecin-pédiatre, et accessoirement écrivain.

« Enfant de Gaboma, j’ai décidé de prendre ma plume, pour défendre ma profession »

Bien entendu, quelques esprits perfides aux intentions malveillantes, pourront chercher à me reprocher mon patronyme ; ce délit bien connu sur les bords de l’Ogooué et source de toutes les suspicions, ici à Gaboma, pour tous les aficionados de l’intolérance, s’arrogeant le droit de réduire au silence, la majorité silencieuse de tous ceux qui comme moi ont eu pour seul tort et malheur, de porter un patronyme connu. Mais aujourd’hui, je ne me tairai point. Enfant de Gaboma, j’ai décidé de prendre ma plume, pour défendre ma profession, sans cesse conspuée et vilipendée ; et devenue souffre-douleur de tous les désœuvrés, oubliant allègrement, la majorité d’entre nous, exerçant avec abnégation, notamment en ces temps de pandémie, dans des conditions difficiles, faut-il le rappeler ? Umberto Eco disait, paix à son âme : « La télévision a promu l’idiot du village, auquel le spectateur se sentait supérieur. Le drame d’internet, c’est qu’il est en train de faire de l’idiot du village un porteur de vérité. »

Infirmiers et usagers sous la tente de tri à l’hôpital de Franceville.

Et ils sont nombreux, ces compatriotes désœuvrés qui même avant le sieur Covid n’avaient rien de mieux à faire, que d’éructer sur les réseaux sociaux. Et pandémie oblige, les voilà subitement devenus spécialistes en médecine, et bien sûr, plus compétents que ces pauvres médecins, qui durant des années, ont galéré pour rien à la Fac de Médecine ! Et ils sont légions, ceux qui s’arrogent le droit de commenter avec dédain, les ravages quotidiens de l’ennemi insidieux, tout comme on commenterait un match de foot, une bonne bière à la main, pour les amateurs, la Régab nationale, bien entendu ! Distribuant bonus, malus et autres cartons jaunes…

« Et cette foudroyante pandémie n’est pas un match »

Que nenni ! Ne s’improvise pas médecin qui veut. Pourquoi faire de cette noble profession, la cible facile de toutes les frustrations qui rongent notre pays ? Mes chers compatriotes, en médecine tout comme au football et bien plus encore, il y a des règles. Et cette foudroyante pandémie n’est pas un match. Ou alors, si, le match de notre vie !

Puisqu’il s’agit avant tout, de notre survie collective ; de protéger les plus fragiles d’entre nous, pour que survive notre nation. D’où l’importance des mesures barrières, pour éviter la propagation du virus, comme une traînée de poudre… Mais hélas, oscillant entre incrédulité et scepticisme, les adeptes des fake news doutent encore ; faisant fi des mesures barrières pourtant si simples, indispensables et ô combien salvatrices ! Affirmant une chose et son contraire. Parce que, disent-ils, s’il y avait réellement des malades, pourquoi ne nous les montre-t-on pas, comme ailleurs ? Pourquoi ne pas donner leurs noms ?

Et pourquoi si peu de guérisons depuis tout ce temps ? N’est-ce pas une preuve de l’incompétence de nos prétendus médecins qui assurément ont dû prêter le « serment d’hypocrite » ? Alors, ces justiciers autoproclamés, traquant les néo-pestiférés de ce cyber-siècle, ces scribouillards d’un genre nouveau, cachés derrière leurs claviers, investis d’une mission imaginaire, s’arrogent le droit, au mépris de toute éthique, et de nos traditions bantoues, jetées aux oubliettes, mondialisation oblige, de faire crânement circuler l’identité, l’adresse et les photos, des personnes supposées contaminées ou d’annoncer faussement leur décès. Faisant fi des conséquences désastreuses, pourvu qu’ils fassent le buzz. Comme si le Covid était une maladie honteuse !

Qui choisit d’être malade ? D’autres encore, s’arrogent le droit de prescrire en lieu et place des médecins ! C’est clair, avec le Covid-19, internet oblige, les médecins en pantoufles ont remplacé les sportifs en chambres ! Et les voilà à l’œuvre, ces docteurs ès internet, experts autoproclamés, ces diplômés des réseaux sociaux, papillonnant de forums en posts, pour donner leur avis sur tout, sur rien, disant une chose puis son contraire, pourvu que cela cartonne. Pour l’honneur du corps médical rudement bafoué, j’ai décidé de prendre ma plume. Tandis qu’ailleurs, les médecins sont soutenus en cette période de pandémie,

Nous, nous sommes lapidés. Eh oui, à Gaboma, on ne fait rien comme tout le monde ; c’est notre spécialité ! Quel manque de considération pour les premières victimes de cette guerre invisible ; près de 40 % des cas recensés. Voici des récriminations envers nous, lues et entendues çà et là, pour lesquelles je vais tâcher de battre en brèche les arguments avancés.

L’hôpital régional Amissa Bongo Ondimba

Primo, concernant l’identité des patients. Eh bien, sachez, mesdames et messieurs, que la déontologie médicale nous interdit de révéler leur identité. Seuls les patients eux-mêmes peuvent témoigner. Mais bien entendu, lorsque « le patient zéro » a témoigné après sa guérison,

Les mêmes encore, se sont levés pour prétendre que ce n’était pas lui, que c’était forcément un complot, car il avait vraiment l’air trop en forme !

Deuxio, pourquoi ne montre-t-on pas les patients à la télévision comme ailleurs ? C’est sûr, tout cela est inventé ; il ne doit pas y avoir de patients ! 

« N’oublions pas que nous sommes Bantous, avant tout ! »

Pour la même raison évoquée plus haut, seuls les patients ou leurs familles peuvent donner l’accord pour être filmés. Mesdames et messieurs, si vous étiez malades, en situation de détresse, aimeriez-vous être filmés et exposés au voyeurisme des uns et des autres ? Je suppose que non !

N’oublions pas que nous sommes Bantous, avant tout ! Et dans nos traditions, n’en déplaise à certains, nous sommes généralement pudiques et n’aimons pas être exposés en pareille circonstance. Alors, pourquoi dénier ce droit aux autres sous prétexte de satisfaire votre curiosité morbide ? Qu’y a-t-il de si réjouissant à voir des personnes souffrir ?

Cela ne remettra pas en cause la réalité des choses : le virus est bel et bien arrivé chez nous !

Tertio, pourquoi n’y a-t-il pas plus de guérisons ? Pour rappel, le cas zéro a été détecté il y a un mois de cela à peine. Lorsqu’on connaît l’histoire naturelle de la maladie qui de façon spontanée peut durer en moyenne 5 à 23 jours et voire, plus, dans sa phase contagieuse, il est parfaitement normal que nous n’ayons pas encore beaucoup de cas de guérisons.

Car pour pouvoir être déclaré guéri, il faut au moins deux tests virologiques négatifs consécutifs. Il ne s’agit pas ici de faire de la médecine spectacle et de faire sortir les patients

Trop tôt, pour satisfaire à l’impatience du public ; ceci, au risque de faire sortir des patients potentiellement contagieux. De fait, on a vu ailleurs, des patients déclarés guéris, mais chez qui, pourtant, l’infection s’était réactivée, sans que l’on sache trop pourquoi.

« Comme le dit si bien l’adage, prudence est mère de sûreté »

Donc, comme le dit si bien l’adage, prudence est mère de sûreté. Car si on faisait sortir les patients trop tôt, les mêmes qui s’impatientaient du peu de guérisons seraient encore les premiers à conspuer le corps médical ! A Gnambié, citoyens de Gaboma, qui veulent une chose et son contraire !

Enfin, la douloureuse, le traitement ! Aujourd’hui, Marseille devient à la une ; ce n’est pas pour me déplaire. Fruit de l’école de médecine marseillaise, je ne peux que me réjouir de son rayonnement mondial. Et pour rester dans le domaine footballistique, quand Marseille bat Paris, cela ne peut que m’enchanter !

Mais soyons sérieux, revenons un tant soit peu, à ce qui nous préoccupe, le Covid-19, cet empêcheur de sortir en rond. À en croire le Copil, 80 % des patients déclarés positifs sont asymptomatiques ou paucisymptomatiques. Autrement dit, si on ne les avait pas testés, il est certain que la plupart d’entre eux auraient été des porteurs sains distribuant, à leur insu, le virus à leur entourage. N’ayant donc pas de symptômes ou si peu, une simple surveillance épidémiologique suffit. En effet, pourquoi courir le risque de prescrire un traitement, source de potentiels effets secondaires à des personnes qui d’elles-mêmes auraient triomphé du virus sans qu’on le sache, si elles n’avaient pas été dépistées ?

Le Centre international de recherches médicales de Franceville.

Seules les personnes présentant des formes modérées à sévères nécessitent la mise en place des protocoles thérapeutiques validés pour l’occasion. D’ailleurs, faut-il le rappeler, il n’y a pas de traitement curatif pour l’heure, mais uniquement, des traitements symptomatiques et des traitements associés permettant de réduire la charge virale.

« Ayons tout de même, un minimum de sursaut patriotique ! »

Mesdames et messieurs, en médecine, la prudence est de rigueur ; comparons, ce qui est comparable. La pandémie a-t-elle débuté ailleurs au même moment que chez nous ? Quels sont les protocoles thérapeutiques utilisés ? Les critères de guérison retenus ? Les critères de sortie d’hôpital définis ? La pression du turn-over, la nécessité impérieuse de libérer des lits, ne pousse-t-elle pas à faire sortir trop tôt de l’hôpital, des patients non encore entièrement guéris pour pouvoir prendre d’autres patients ?

N’étant pas encore confrontés à cette pression, il est logique de garder les patients jusqu’à la guérison virologique ; d’une part, pour éviter la dissémination du germe, et d’autre part, pour être sûr de la compliance thérapeutique. Mesdames et Messieurs, mes chers compatriotes, l’heure n’est plus à la plaisanterie ; tout ne peut pas faire l’objet de dérision lorsque des vies humaines sont en jeu. Ayons tout de même, un minimum de sursaut patriotique !

Sachons faire preuve de solidarité. Car, qui vous soignera en l’absence de professionnels de la santé ? L’histoire de l’humanité a montré qu’en cas de crise, la population faisait preuve de solidarité, de repli identitaire, unie autour d’un idéal commun : protéger des vies pour que vive la patrie… Mais cet idéal commun semble nous faire défaut ; ce qui est bien dommage. Pourquoi si peu de confiance envers « nous-mêmes, nous-mêmes ? »

 

« Il serait irresponsable (…) de ne pas soutenir (…) les mesures barrières »

Pourquoi toujours penser que « l’herbe est plus verte chez le voisin ? » Au regard des images qui défilent en boucles sur nos écrans, chacun de nous peut constater que ceux-là mêmes qui nous donnaient des leçons avec condescendance, sont eux-mêmes, en proie à la pire catastrophe sanitaire de notre siècle, qui à n’en pas douter, laissera des traces sociales, politiques et économiques. Forts de cela, et ne disposant pas d’un plateau technique aussi fourni que dans les pays du Nord, il ne tient qu’à nous, de nous organiser, pour surmonter cette crise sanitaire, grâce aux mesures préventives mises en œuvre.

Face à la gravité de la pandémie en cours, il serait irresponsable et voire, suicidaire, de ne pas soutenir, pour d’obscures raisons politiciennes, les mesures barrières mises en place, au risque de voir notre beau pays, se transformer en un mouroir à ciel ouvert, livré au bon plaisir de l’ange de la mort, donnant ainsi raison à tous ces oiseaux de mauvais augure venus d’ailleurs, n’attendant qu’une chose, le naufrage annoncé et souhaité de notre continent, depuis la nuit des temps… Mais Dieu veille…

Que Dieu nous protège,

Qu’Il bénisse le Gabon et l’Afrique tout entière !

 

Dr Solange Andagui Bongo Ayouma

Un médecin en colère !