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mercredi 18 septembre 2019

Mort mystérieuse de carpes : le CENAREST résout l’énigme

Au mois de juillet dernier, le CENAREST publiait un premier communiqué relatif à la mort massive et mystérieuse des poissons dans la région du Bas-Ogooué. Ce rapport indiquait que les poissons morts étaient visibles de Ndjolé à Lambaréné le long de l’Ogooué et dans les lacs. Dans ce communiqué, je présentais les hypothèses retenues par l’équipe du Laboratoire d’hydrologie et d’ichtyologie de l’Institut de Recherches Agronomiques et Forestières/IRAF du CENAREST, dont les chercheurs s’étaient mobilisés pour apporter au gouvernement et à la population gabonaise la réponse scientifique afin qu’ils soient éclairés quant à la mort massive des tilapias (appelés CARPES en français gabonais).

En considérant la documentation scientifique disponible et les rapports de la FAO sur des cas similaires dans le monde, en Israël, en Colombie, en Equateur, en Egypte, en Tanzanie ou en Thaïlande par exemple, les chercheurs du CENAREST avaient exclu sans conteste l’hypothèse d’une pollution chimique et celle de la dystrophisation définie comme un déséquilibre provoqué par les apports anthropiques d’un excès de Phosphates et d’Azote avec pour conséquence, la minéralisation de la matière organique en excès, s’accompagnant d’une surconsommation de l’oxygène dissous au détriment de la faune et de la flore. Ils avaient montré que cette piste ne pouvait pas être viable au vu de l’étendue spatiale du phénomène. La piste d’une infestation parasitaire massive des poissons avait aussi été écartée au regard des quantités au demeurant importante de poissons morts et de la diversité des origines spatiales des sites où l’évènement a été observé.

Après plusieurs missions de terrain le long de l’Ogooué, entre Ndjolé et Port-Gentil, les chercheurs du CENAREST sont parvenus à circonscrire le périmètre de l’épidémie et ont affiné leurs analyses préliminaires. Ces analyses préliminaires ont montré que ce ne sont que les tilapias et seulement les tilapias (appelés « carpes » au Gabon) qui meurent. Aucune autre espèce de poisson n’est concernée et aucun autre élément de la faune. C’est pourquoi, les chercheurs du CENAREST avaient privilégié, en considérant la littérature sur la question, l’hypothèse d’une contamination virale.

Ils avaient soupçonné, et ils avaient eu raison, que l’origine de la mort de ces poissons ne pouvait être qu’une maladie virale spécifique aux tilapias causée par le virus TiLV (Tilapi Lake Virus). Pour rappel, le Tilapia tilapinevirus ou virus du lac tilapia ( TiLV ), est un virus qui infecte les populations de tilapia (sauvages et d’élevage). C’est la seule espèce du genre monotypique Tilapinevirus qui, à son tour, est le seul genre de la famille Amnoonviridae. Jusqu’à présent, il a été enregistré dans diverses régions d’Asie, d’Afrique et d’Amérique du Sud. Le virus a été découvert et identifié pour la première fois en 2014 lorsque la mer de Galilée (lac Kinneret) en Israël connut une baisse importante des quantités de captures de tilapias.

Pour confronter cette hypothèse à la réalité des faits, il fallait absolument faire analyser les prélèvements de poissons morts dans un laboratoire spécialisé à la biologie et aux pathologies des poissons. Compte tenu de l’importance du dossier et dans le souci d’apporter des résultats justes et incontestables, ces analyses ne devaient être réalisées que par un laboratoire de référence mondiale.

Notre institution étant dépourvue de tels équipements, nous avons sollicité et obtenu, grâce à un financement de TNC Gabon à qui nous exprimons une fois encore notre gratitude, la contribution de notre partenaire, la Norwegian University Of Life Sciences d’Oslo, qui dispose d’un laboratoire accrédité et spécialisé à la biopathologie des poissons et qui a donc fait les analyses appropriées. Ces analyses nous ont été retournées, et j’ai grand plaisir de publier ce résumé succinct des résultats contenus dans le rapport du CENAREST que nous avons adressé au Gouvernement en avant-première.

La cause de la mort des poissons est un agent infectieux apparenté au virus TiLV (Tilapi Lake Virus, qui appartient à la famille des virus Orthomyxoviridae, qui s’apparente également à la famille du virus de l’Anémie infectieuse du saumon). Ce virus est attesté ailleurs dans le monde où il décime les populations de tilapias dans la nature aussi bien que dans les élevages. Les données issues du Gabon montrent la présence de deux souches virales proches des souches israélienne et tanzanienne. Les résultats des analyses montrent que la contamination entre poissons se fait de manière horizontale par simple contact direct entre individus sains et malades. Ce fait est à présent bien établie et reflète l’histoire épidémiologique observée au Gabon et ailleurs dans le monde.

Pour le CIRMF, la mort massive de ces poissons serait d’origine bactérienne, en l’occurrence la bactérie Aeromonas veronii. Les analyses scientifiques issues de la Norwegian University Of Life Sciences, dont la laboratoire, accrédité, hautement spécialisé et comprenant des experts de réputation mondiale sur les questions de poissons, comme le Professeur Øystein Evensen DVM, spécialiste des biopathologies des poissons, ne confirment pas les résultats du CIRMF. On peut donc se demander, si les bactéries que le CIRMF dit avoir identifiées agissent en coïnfection ou en surinfection des deux souches du virus TiLV qui ont été identifiés par les chercheurs du CENAREST et leurs homologues norvégiens, de manière incontestable et irréfutable au Gabon.

La confirmation de la présence du virus TiLV dans les échantillons de tilapias du Gabon doit permettre de réorienter les futures investigations sur l’épizootie. Plus que jamais, les autorités compétentes ont l’obligation de prendre des mesures fortes de biosécurité. Ainsi que le recommande la FAO, le TiLV entraîne une maladie hautement contagieuse, qui se propage chez les tilapias sauvages et ceux d’élevage, l’un des poissons les plus consommés au monde. Au Gabon, comme ailleurs dans le monde, l’épidémie devra donc être appréhendée avec soin et les pays importateurs et exportateurs des tilapias devront prendre des mesures appropriées pour la gestion des risques tels que la multiplication des tests de diagnostics, le renforcement des certificats de santé, l’instauration de mesures de quarantaine et le développement de plans d’urgence. Il faudra aussi lancer des campagnes d’information du public visant à conseiller les aquaculteurs (dont beaucoup sont des petits exploitants) sur les signes cliniques du TiLV, mais également sur les risques économiques et sociaux que pose ce virus et la nécessité de reporter les décès de masse aux autorités en charge de la biosécurité.

Ces résultats ne sont pas définitifs. La recherche devra se poursuivre pour élargir le champ d’investigation et répondre donc à toutes les préoccupations, entre autres : (1) Le TiLV est-il le seul agent infectieux responsable de la mortalité des poissons ? Dans ce sens, la bactérie que le CIRMF dit avoir identifiée agirait-elle en co-infection ou en surinfection ? 2) Des paramètres environnementaux ont-ils joué un rôle dans le déclenchement de cette épidémie ? (3) Existe-t-il une ou des espèce(s) animale(s) « porteurs-sains » qui contamineraient l’espèce affectée ? (4) Y a-t-il un risque en termes de santé publique pour les populations qui auraient consommé des poissons contaminés ? (5) Quelles sont ou quelles peuvent être, à court, moyen et long termes, les possibilités que ce phénomène se répète dans le temps et dans l’espace ? (6) Comment gérer les causes de cette épidémie et mieux se préparer à l’avenir pour la contrer efficacement ? (7) Comment gérer les populations des poissons qui ont survécu à l’épidémie et pouvoir augmenter les stocks ? …

Pour terminer, je suis très heureux, en ma qualité de Commissaire Général du CENAREST, de montrer l’intérêt de la recherche scientifique et celui du travail remarquable des chercheurs du CENAREST, individuellement et collectivement, à qui je rends un vibrant hommage. Je suis particulièrement fier de l’équipe du Laboratoire d’hydrologie et d’ichtyologie de l’institut de recherches agronomiques et forestières/IRAF du CENAREST que dirige Daniel MBEGA et au sein de laquelle de brillants spécialistes des poissons, comme Jean Hervé MVE BEH auteur du rapport sur lequel je fonde cette publication, Jean Félicien LIWOUWOU et tous les autres, font honneur à la communauté scientifique gabonaise. Une preuve supplémentaire que les chercheurs du CENAREST méritent respect et admiration. Ils sont compétents et peuvent, avec les mêmes moyens que leurs homologues occidentaux, avoir les mêmes résultats scientifiques. On n’a pas eu besoin de dépenser des centaines de millions pour faire venir des experts-mercenaires étrangers au Gabon pour éclairer nos lanternes. Les chercheurs du CENAREST ont réglé le problème. Chapeau, chers collègues !