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dimanche 26 septembre 2021

Dieudonné Minlama Mintogo : il faut soulager les Gabonais en levant le couvre-feu

Dieudonné Minlama Mitogo revient sur la déclaration de politique générale de Rose Christiane Ossouka Raponda. S’il voit des points positifs, il s’interroge sur le fond de sa feuille de route. La première ministre serait restée vague sur les objectifs et les moyens de sa politique. Le président du parti politique Ensemble pour le Changement relève aussi l’incohérence entre le maintien des mesures restrictives dues à la crise sanitaire et la relance économique prônée par le nouveau gouvernement.

 

La première ministre, Rose Christiane Ossouka Raponda a dévoilé sa feuille de route à l’assemblée nationale. Que retenez-vous de sa déclaration de politique générale ?

J’ai retenu quelques points positifs, des limites, et des interrogations. Les points positifs, c’est la volonté de Mme Ossouka de continuer et de parachever les différents chantiers que ses prédécesseurs ont démarrés ; sa volonté à intégrer désormais les entreprises gabonaises dans la réalisation des travaux d’infrastructures et éventuellement à développer un tissu de PME des Gabonais. Cette volonté d’élargir l’assiette fiscale pour améliorer les recettes de l’Etat, même si je reste convaincu que le problème du Gabon n’est pas le manque de ressources financières mais la gestion, c’est-à-dire la gouvernance.

Ces dernières années, je crois que nous avons compris qu’on peut facilement détourner 100 milliards sans que cela n’émeuve personne. Nous avons des ministres et directeur de cabinet du président de la République en prison. Avant cette vague-là, nous avions déjà vu une autre vague de personnes qui sont allés en prison aussi pour des détournements de deniers publics.

A côté de ces axes qui expriment sa volonté à résoudre les problèmes, je dis aussi qu’il y a des limites par rapport aux objectifs. Mme Ossouka est premier ministre, elle doit savoir que si elle devrait rester tout au long du restant du mandat du président Ali Bongo qui l’a nommé elle devrait rester jusqu’au 27 août 2023. Ça veut dire que le programme qu’elle doit nous présenter doit être un programme réaliste pour ces trois années qui vont suivre.

Des ministres et directeur de cabinet d’Ali Bongo Ondimba en prison

Malheureusement, j’ai remarqué que la définition des objectifs était vague. En management des projets lorsqu’on définit un objectif, on le définit de façon mesurable, appréciable, réaliste et on le définit dans le temps. Ça veut dire que lorsque Mme Ossouka dit qu’elle entend mieux accueillir les élèves, elle aurait dû nous dire qu’elle compte construire 200 salles de classe, engager de nouveaux enseignants, qu’elle compte faire entrer le Gabon dans le top 100 des universités africaines, parce que les problèmes d’éducation sont des problèmes très clairs. Elle aurait dû nous donner des éléments précis sur lesquels nous pourrons la juger.

 

Peut-être qu’elle n’a pas voulu donner des arguments à ses détracteurs ?

Quand on a des responsabilités, il faut être précis. Comment peut-on juger une personne qui ne se fixe pas des objectifs et comment peut-on bien travailler si on ne se fixe pas soi-même des objectifs ? C’est tout à fait normal qu’on se dise, voici les objectifs que nous nous sommes fixés et nous travaillons pour les atteindre. C’est la première limite que j’ai trouvé à sa déclaration de politique générale. Elle a également dit qu’elle veut développer l’entreprenariat, c’est bien. Développer l’entreprenariat, c’est un système. Aujourd’hui, comment on peut développer l’entreprenariat si le système bancaire ne nous sied pas ? Si le système d’encadrement ne sied pas ?

Il y a un temps, nous avions le Fodex, la Banque gabonaise de Développement, la Banque nationale de crédit rurale et Promo Gabon. Donc voici des outils qui pouvaient permettre de développer l’entreprenariat, surtout des jeunes. Mais aujourd’hui, nous n’avons, ni instruments financiers, ni instruments d’encadrement. Et, nous n’avons pas de lois spécifiques qui protègent les entrepreneurs gabonais. Chez les autres, il y a parfois la préférence nationale sur un certain nombre d’activités pour favoriser les nationaux.

 

Parmi les axes mis en avant par la cheffe du gouvernement, il y a celui relatif à la bonne gouvernance de l’action publique. Un véritable challenge ?

Je pense que la lutte contre la corruption, c’est le plus grand chantier. Depuis 2007, Omar Bongo avait dit : si chaque 10 FCFA qui avaient été prévus pour la route étaient réellement allés à la route, on aurait eu le meilleur système routier. J’ai écouté le député Akuré, il a dit 585 milliards de FCFA, en parlant de la dette. Après, il a posé la question, qu’avons-nous fait de cet argent ? Voici des questions essentielles. Le grand problème du Gabon, ce n’est pas l’absence de ressources mais la capacité à les utiliser efficacement et à bon escient. C’est là-dessus que Mme Ossouka doit axer son action. C’est vrai, on peut aller chercher de l’argent dans l’informel, on peut faire des taxes foncières, on peut développer l’impôt, mais quand on a récupéré cet argent, qu’est-ce qu’on en fait ? Est-ce qu’on aura des écoles, des routes, des hôpitaux ? C’est ça la question.

La première ministre, lors de sa déclaration de politique générale.

Donc je pense que Mme Ossouka n’est pas allée au fond de ce qu’elle compte faire. J’attendais Mme Ossouka sur le dossier de la Gouvernance, c’est-à-dire des instruments qui sont là. Qu’est-ce qu’on en fait et quelle est la suite qu’on réserve à ce qui a déjà été fait ? Là-dessus, je pense qu’il y a quand-même des limites, parce qu’aujourd’hui, je ne sais pas quel dispositif Mme Ossouka compte utiliser de façon efficiente pour lutter contre le détournement des deniers publics. Donc si nous n’avons pas régler le problème de la corruption, je pense que l’atteinte des objectifs que nous nous sommes assignés sera très difficile, à la limite hypothétique.

 

Alors que la population s’attendait à l’assouplissement des mesures de confinement, comme l’ont fait plusieurs pays, le gouvernement entend maintenir les mesures de restriction actuelles. Qu’en pensez-vous ?

Je ne vois pas comment on peut concilier les mesures restrictives à la relance économique. C’est extraordinaire, cette position du premier ministre, quand on sait que le Gabon présente des résultats plutôt encourageants. 55 décès en 5 mois, ça nous fait dix décès par mois sur toute l’étendue du territoire national. Je crois que la covid-19 tue moins que le palu, que le sida, que la tuberculose, que les accidents, que la faim, que la pauvreté. Je crois que sans grand risque, la conjonction des traitements qui viennent de l’Occident et même les traitements au niveau local ont permis aux Gabonais de résister à cette agression.

Je crois qu’il était temps au moins, à mon avis que le couvre-feu soit levé, parce que, en toute honnêteté, je me suis posées des questions pour savoir quel en était l’intérêt, d’autant plus qu’on a fermé toute activité nocturne. Pas de cérémonie, pas de boite de nuit, pas de bar, pas de restaurant, pas d’hôtel, pas de motel. Après, je ne comprends pas pourquoi les militaires sont dehors. C’est une grande question et beaucoup de Gabonais se posent la même question.

La crise sanitaire perturbe l’offre et la demande dans les transports.

Je pense que le premier ministre devrait soulager les Gabonais en déclarant la levée du couvre-feu pour faire reprendre les activités. Il y a le cas de ceux qui exercent dans le domaine du transport, ils ont deux recettes, une recette jour et une recette de la nuit. Ils doivent payer des taxes à la mairie et ils doivent aussi payer les impôts. Comment vous pouvez demander de payer les taxes et les impôts quand vous avez réduit le temps de travail et quand vous avez réduit la capacité de travail parce qu’ils sont obligés de transporter très peu de clients ?

J’invite vraiment le gouvernement à aller vers un déconfinement. Je suis pour la prudence, mais je suis pour la réalité aussi. La réalité voudrait que notre économie se relance, et que comme ils l’ont dit qu’on apprenne à vivre avec la covid-19, comme nous avons appris à vivre avec le palu, avec les autres maladies.

Propos recueillis par A. E