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Laurence Ndong : « La diaspora n’est pas divisée, elle est diversifiée »

Enseignante-chercheure, femme politique et présidente du mouvement Debout Peuple, Laurence Ndong, fait partie des Gabonais de l’étranger en lutte contre le pouvoir à Libreville. La diaspora a rendu hommage aux morts des troubles post-électoraux de 2016. Laurence Ndong revient sur cette initiative et sur les différents courants au sein de l’opposition basée à l’étranger. Elle s’exprime également sur la nomination d’une femme au poste de premier ministre. « Il s’agit d’un non-événement ». Dans le viseur de l’opposante prime le combat contre le règne du Parti démocratique gabonais avec à sa tête le Distingué camarade président et Président de la République.

Vous avez annoncé le lancement du mouvement « 5 minutes pour la vie » de quoi s’agit-il ?

« 5 minutes pour la vie », n’est pas un mouvement, mais une initiative visant à rendre un vibrant hommage à nos compatriotes lâchement assassinés le 31 août 2016 et à tous ceux qui sont tombés sous le feu et la barbarie de la dictature qui est à la tête de notre pays depuis 53 ans.
Nos martyrs sont morts pour nos vies. Ils se sont sacrifiés pour nourrir notre espérance. Ils sont nos héros, ils sont nos modèles.

 

Vous faites partie de cette diaspora qui exige le départ du pouvoir d’Ali Bongo. On est loin des grands rassemblements de Gabonais en 2016 et 2017 au Trocadéro contre le pouvoir en place. Aujourd’hui, l’opposition à l’étranger se fait plus remarquer pour ses divisions et ses querelles dans les réseaux sociaux. Comment peut-elle être efficace et crédible ?

Il n’y a pas que la diaspora qui exige le départ de Bongo Ondimba Ali et son régime. Ce départ est le vœu, le souhait et l’aspiration du peuple gabonais. Nos compatriotes, qu’ils résident au Gabon ou à l’étranger, aspirent au changement, à la liberté et au bien-être, et ils n’acceptent plus d’être privés de leurs droits à la démocratie et à la dignité.

Il n’est un secret pour personne que Bongo Ondimba Ali n’a pas été élu, qu’il s’est imposé à la tête du Gabon par la force et la violence. Le peuple, dans sa diversité, exige simplement le respect de sa souveraineté. Choisir ses dirigeants et pouvoir les démettre est un droit fondamental pour tous les peuples. Ne pas respecter la volonté du peuple clairement exprimée dans les urnes, est une violation de sa souveraineté et cela est inacceptable. On ne conduit pas la destinée d’un peuple contre sa volonté.

 » Nos martyrs sont morts pour nos vies. » capture d’écran.

L’une des principales caractéristiques des dictatures, c’est d’agir à huis clos. Le pouvoir en place au Gabon ne déroge pas à cette règle. Il s’emploie à faire taire toutes les voix divergentes. Comme si réduire le peuple au silence légitimait leur forfaiture et leurs exactions. Le nombre de prisonniers politiques et la recrudescence des enlèvements des leaders d’opinion, en sont les parfaites illustrations.

Vitalité et soif de pluralité

A défaut de pouvoir restreindre la liberté d’expression de ceux qui dénoncent ses déviances, le régime dictatorial à la tête de notre pays tentent de semer la confusion au sein de l’opposition et de la résistance. Ce que vous appelez des divisions sont davantage des divergences d’appréciation et de vue mais l’objectif reste le même. Il faut garder à l’idée que défendre une même cause n’implique pas qu’on appartienne nécessairement à la même organisation.

N’oublions pas que c’est la pensée unique qui est la base des régimes autocratiques et totalitaires. Lorsqu’Omar Bongo crée le Parti Démocratique Gabonais en 1968, il institutionnalise le parti unique avec pour objectif d’interdire la liberté d’association et d’expression au motif que tous ceux qui voulaient le bien du Gabon n’avaient pas d’autres choix que d’adhérer à son parti. Or, la liberté d’association est un droit fondamental. Les Gabonais ont le droit de créer librement autant d’associations et d’organisations qu’ils souhaitent selon leurs aspirations et leurs convictions.

La diversité d’opinions ou d’associations, les différences ou les nuances, alimentent et enrichissent le débat d’idées. Elles ne sont pas à confondre avec la division. La diversité n’est nullement synonyme de rivalité, encore moins d’adversité. Elle est une richesse et elle n’est pas un obstacle à l’unité.

Non, la diaspora n’est pas divisée, elle est diversifiée, elle exprime sa vitalité et sa soif de pluralité et c’est ce qui fait sa force.

 

N’est-ce pas plus facile pour vous de parler de dictature ou de « dénigrer votre pays, » pour citer vos adversaires, depuis Paris ? Les opposants ne devraient-ils pas mener le combat dans l’arène politique au Gabon à l’exemple de Jean Ping et d’autres ? Et ce malgré les tracasseries ?

Les Gabonais ont le droit de vivre où ils veulent. Vivre à l’étranger n’ôte en rien la légitimité que l’on a à se soucier de la situation de son pays et à se battre pour lui. S’engager pour défendre la démocratie, la liberté et l’Etat de droit n’est pas exclusivement réservé à ceux qui vivent au Gabon. De nombreux Gabonais vivent à l’étranger pour diverses raisons et de là où ils sont, ils se doivent d’être l’écho des voix que le régime étouffe et bâillonne. Ils sont les portes-voix de la souffrance de leurs familles et plus globalement de leurs compatriotes. Et cela n’est rien d’autres que du patriotisme.

Pour répondre à l’autre volet de votre question, je pense que parler de tracasseries, est un euphémisme. Disons clairement les choses en qualifiant les faits. Ce que vous appelez tracasseries, ce sont des atteintes aux libertés, des arrestations et des détentions arbitraires comme celles dont ont été victimes plusieurs de nos compatriotes. On peut citer entre autres, l’exemple de Landry Amiang Washington, arrêté dans la zone internationale de l’aéroport Léon Mba et détenu arbitrairement pendant près de 4 ans pour avoir dénoncé les méfaits du régime.

Est-ce normal que des citoyens subissent ce que vous appelez des tracasseries et que moi j’appelle des violations de droits et qu’ils soient ainsi maltraités pour avoir exprimé leur opinion ?

Inversion des rôles

Et pourquoi serait-il plus facile de parler de l’étranger ? C’est précisément parce que la dictature au pouvoir ne respecte pas la liberté d’expression, bafoue toutes les libertés fondamentales. Quel intérêt y aurait-il à aller se jeter dans la fosse aux lions au Gabon quand on est utile pour la lutte en étant en liberté à l’étranger ? Aujourd’hui, le pays compte un nombre important d’exilés politiques du fait de la violence et de la barbarie de la dictature au pouvoir. Fallait-il qu’au nom du courage, ils se laissent tuer ? Je ne partage pas cet avis.

Notre combat est un combat d’idée, nous le menons pour défendre des principes et des valeurs. A ce titre, l’action de tous ceux qui sont épris de justice, de démocratie et de liberté est pertinente, et ce, qu’ils se trouvent au Gabon ou à l’étranger.

Ne nous trompons pas, dénoncer les exactions de la dictature et les mauvaises conditions de vie infligées au peuple gabonais, ne peut pas être synonyme de « dénigrer son pays ». Se taire en situation d’injustice et face aux exactions de ce régime est une complicité et même une lâcheté. C’est corrompre le bon sens et tronquée la réalité. C’est inverser les rôles en faisant passer les bourreaux pour des victimes et les victimes pour des bourreaux.

Cela est très courant sous les dictatures. C’est ce qu’on appelle la transvaluation, l’inversion des valeurs. Agir contre la volonté du peuple ne déshonorerait pas le pays ? C’est la dénonciation de ce mal et exprimer son indignation et son opposition qui seraient un dénigrement ? C’est comme demander à une enfant victime d’inceste de se taire au motif qu’il faille préserver la dignité du violeur. On aggraverait le cas de la victime en protégeant son bourreau, qui pourrait ainsi continuer à perpétrer ses méfaits en toute impunité.

La situation dans laquelle ce régime a plongé notre pays est une honte. Le pays est rabaissé, humilié, bafoué par l’incompétence, l’inconséquence, l’incohérence, le mensonge, la corruption, la concussion, et les détournements de deniers publics. Nous avons l’impérieux devoir de dénoncer cela. Nous le faisons et nous continuerons à le faire.

File d’attente pour l’eau à Belle-vue 1 – Libreville

Tous les peuples qui sont respectés dans le monde, le sont grâce au rayonnement qu’ils donnent à leur pays dans le concert des nations. Les indicateurs sociaux de chaque pays sont disponibles et consultables par tous. Alors, vous trouvez que le Gabon est honoré quand il est classé parmi les pays plus corrompus d’Afrique ? Est-il honoré quand 80% de ce qu’il consomme vient de l’étranger ? Est-il honoré quand ses routes, lorsqu’elles elles existent, sont pires que des pistes d’éléphant ? Est-il honoré quand son système de santé est en déliquescence ? Est-il honoré quand son système éducatif a le taux de redoublement le plus élevé au monde, selon la Banque Mondiale, avec des années universitaires qui se chevauchent ? Les années universitaires 2018-2019, 2019-2020 ne sont pas terminées et la rentrée scolaire 2020-2021 est programmée pour le début du mois de novembre prochain.

 

En 2016, vous aviez décidé de faire confiance au candidat Jean Ping. Quatre ans après, qu’en-est-il, lorsqu’on sait que pour plusieurs de vos frères d’armes, la page de 2016 est désormais tournée.

Depuis l’avènement du multipartisme, les Gabonais dans leur majorité, n’ont jamais accordé leur suffrage à un Bongo Ondimba, qu’il se prénomme Omar ou Ali. En 1993, ils avaient voté massivement pour Paul Mba Abessole, en 1998 et 2005 pour Pierre Mamboundou, en 2009 pour André Mba Obame et en 2016 pour Jean Ping. A chaque fois, la dictature s’est maintenu au pouvoir par des coups d’Etat militaro-électoraux.

Notre priorité, c’est la libération de notre pays, la mise à terre de ce régime dictatorial qui opprime notre peuple et viole sa souveraineté. Les élections présidentielles de 1993, 1998, 2005, 2009 et 2016 ne sont pas derrière nous. La volonté manifeste du peuple d’en finir avec cette dictature, lors de ces échéances électorales, n’a jamais tari. Chaque dictature étant « génétiquement » incapable d’amélioration ou plutôt étant programmée pour empirer, la libération du Gabon est une urgence absolue.

Rose Christiane Ossouka Raponda, lors de sa déclaration de politique générale.

En juillet dernier, Rose Christiane Ossouka Raponda a été nommée Premier Ministre. C’est la première femme à occuper ce poste. Comment interprétez-vous cette nomination ?

Comme je l’ai dit dans l’interview que j’ai accordée à vos confrères de la Voix de l’Amérique le jour même de cette nomination, il s’agit d’un non-événement. Au Gabon, des femmes occupent des postes importants depuis bien longtemps. Une femme est à la tête de la Cour Constitutionnelle depuis près de 30 ans, une femme préside le Sénat et une femme a été Présidente de la République par intérim mais Présidente de la République quand même. Cela n’a eu aucun impact positif sur la vie des Gabonais. Ces femmes n’ont pas été distinguées à la faveur de leur genre ou de leurs compétences, mais pour leur loyauté et leur connivence avec le régime dictatorial qui est assis sur la prédation des ressources du Gabon au profit d’une minorité.

Au demeurant, Mme Ossouka Raponda a livré les coulisses de sa nomination par ses remerciements, particulièrement appuyés, à Sylvia Bongo-Valentin pour son rôle dans sa nomination. Jamais l’épouse d’un dictateur n’avait été aussi solennellement remerciée dans une cérémonie officielle marquée par le sceau des exigences constitutionnelles. Il fallait, bien évidemment, honorer celle qui assure en toute illégalité la régence à la tête du Gabon et apporter la preuve publique de l’allégeance à cette dernière.

 

Madame le Premier Ministre a fait sa Déclaration de politique générale le vendredi 04 septembre, qu’en avez-vous retenu ?

Pas grand-chose si ce n’est une litanie d’incongruités, d’incohérence et de mensonges.


Madame Ossouka Raponda ne décide d’ores et déjà de rien, même pas du contenu approximatif et superficiel de son propos devant les députés, encore moins de la prévisible inaction de l’équipe qu’elle est chargée de conduire et qui du reste, a déjà fait ses preuves en inconséquence et en incompétence sous l’autorité de son prédécesseur.


Gouverner c’est prévoir, anticiper, planifier, agir, évaluer, améliorer. C’est cela la responsabilité. Ce n’est pas promettre, mentir, interdire, opprimer, délaisser, déconstruire, travestir, voler et violer. Cela, c’est de l’irresponsabilité et c’est la panacée de l’offre politique de Madame Ossouka Raponda au service de la dictature. Voilà ce qui est à retenir de cette déclaration de politique générale.

Propos recueillis par E. A