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vendredi 3 décembre 2021

Raymond Ndong Sima : la lutte contre la corruption ne doit pas être un règlement de comptes

Raymond Ndong Sima est un observateur averti de la vie politique. Il revient sur la dette intérieure et les soupçons de fraude de certaines entreprises. Pour l’ancien premier ministre, la corruption est une évidence. Toutefois, il se montre sceptique quant à la méthode employée par les autorités pour lutter contre la corruption. Elle s’apparente à un règlement de comptes.

 

La task force sur la dette intérieure a révélé que plusieurs entreprises ont fraudé. Qu’en pensez-vous ?

A mon avis, il n’a pas de doute sur le fait que les entreprises aient fraudé. Mais ce n’est pas la bonne question. La bonne question, c’est que, pour que les entreprises soient en possession de créances sur l’Etat qui ont été validées par des services administratifs, il faut qu’on pose la question de la responsabilité des services administratifs.

Une entreprise se prévaut d’une créance. Elle dit, j’ai fait  tel travail pour l’Etat, et un certain nombre de services sont chargés de confirmer que les travaux ont été faits. Qui a confirmé les créances ? Qui a confirmé les factures que les entreprises ont présentées. Jusqu’à présent on entend parler des entreprises, oui, certainement qu’elles ont fraudé, comme on le dit. Mais que dit-on des agents qui ont validé les créances ?

Il ne s’agit pas seulement de jeter en pâture la tête de telle administration, je crois que ce sont des services entiers qu’il faut nettoyer. Les opérations frauduleuses ont forcément impliqué un grand nombre de personnes qui ont participé à la préparation des dossiers.  

 

Au regard de nombreux scandales financiers enregistrés ces derniers temps, pensez-vous que la lutte contre la corruption est perdue d’avance ?

Non, la lutte contre la corruption ne peut pas être perdue. Et si on la perdait, le pays tout entier serait perdu. C’est une lutte difficile, mais c’est une lutte qu’on ne peut pas considérer comme perdue. Je crois qu’au contraire, on est appelé à gagner la lutte contre la corruption. Mais là aussi, on dirait qu’on pose mal le problème. Depuis longtemps, je dis qu’il y a un trop grand nombre de services qui sont chargés de la même chose.

Il y a la commission nationale de la lutte contre l’enrichissement illicite. Il y a l’ANIF. Il y a tel autre organisme, etc. Aujourd’hui, qui conduit la lutte contre la corruption ? On entend dire que les gens sont arrêtés. Les gens sont mis en prison, qu’on a trouvé des sommes ici et là. Mais où est l’argent qu’on a trouvé chez ces gens-là ? C’est bien de dire à la population que des gens ont volé ; que des gens ont été impliqués dans des scandales financiers.

La lutte contre la corruption n’est pas perdue.

Mais lorsque les opérations de recouvrement ont lieu, où est l’argent qui a été recouvré ? Quel est le compte qui est rendu public puisqu’on donne à la population toute entière une information sur des détournements qui ont lieu. C’est très bien, de faire ça. Mais il faut que la contrepartie soit aussi donnée à la population. C’est-à-dire, nous devons savoir, combien a été recouvré ? Où est cet argent ? Et qu’est-ce qu’on en fait ?

Le budget de l’année  2020-2021 est en cours d’examen à l’Assemblée nationale. Et il faut bien qu’on voit la ligne recouvrement. Selon le principe des finances publiques, l’Etat ne peut pas pointer des recettes qu’il n’a pas préalablement déclarées. Donc où sont les recettes qui ont été recouvrées du fait des vols qui ont été perpétrés. C’est  ça qui peut donner de la vigueur à la lutte contre la corruption. Parce qu’on a l’impression que les gens veulent faire ce qui est bien, en s’attaquant à un fléau. Mais il y a une telle opacité sur ce qui se passe, que ça ressemble plus à des règlements de comptes, qu’à une opération vraiment destinée à remettre de l’ordre dans la maison. Et on a besoin que de l’ordre soit remis dans la maison.

 

Que pensez-vous de la fermeture de certaines agences, comme  l’ANGTI ?

Quand j’étais premier ministre et ce n’est pas un secret pour qui que ce soit, que l’ANGT et moi, avons entretenu des rapports orageux. Et plusieurs personnes se sont servies de ça pour expliquer qu’en tant que premier ministre j’en voulais au cabinet du président, au président lui-même etc.

Or, j’ai dénoncé depuis le début les agissements des agences qui prenaient une autonomie financière considérable. Qui, au lieu d’être des agents d’exécution du gouvernement, s’étaient comme muées en agent de conception, puis d’exécution. Elles étaient juges et parties sans être responsables devant aucune entité. Ni devant l’assemblée, ni devant le sénat.

Les agences étaient juges et parties.

Elles n’étaient responsables devant personne. Et on n’a jamais vu un rapport d’expertise sur la façon dont les agences ont géré les ressources qu’elles ont eues.  On s’est retrouvé avec une démultiplication de l’administration, des gens dont les dépenses étaient  encore plus importantes que ce que l’administration publique avait, sans qu’on ne voie les résultats en question.

 

Comment relancer l’économie en période de covid-19 ?

Au début, j’ai été l’une des premières personnes à intervenir sur le covid-19 pour soutenir et encourager le confinement. Mais depuis quelques temps, je ne suis plus convaincu de l’efficacité de ce que nous faisons. Nous sommes en train d’utiliser un remède qui tue le malade. Les petits opérateurs économiques qui n’ont pas de garantie de ressources, qui n’ont pas de garantie de marché ; qui vivent au jour le jour et n’ont aucune garantie qu’ils vont avoir un client dans la journée. Lorsque ces activités-là, ne reçoivent pas de soutien, on crée une situation beaucoup plus grave.  Parce qu’à la fin les gens ont le choix entre mourir de la covid-19, ou bien mourir de misère parce qu’ils sont dans l’incapacité de payer telle ou telle facture.

Il faut donc voir, on a annoncé beaucoup de soutien et j’étais à la fois content et sceptique. Je suis dans un quartier populaire, je vous assure que si vous restez en bas ici, vous faites un micro-trottoir, vous posez la question à tous les gens qui sont ici, personne n’a vu l’aide de quoi que ce soit ici. Donc, il y a quelque chose qui n’est pas compatible avec la réalité de la situation que les gens vivent. Et on s’étonne des réticences des populations à respecter les mesures de confinement. Mais les gens se disent que de toutes les façons si nous ne faisons pas un effort, nous risquons de mourir avant.

Propos recueillis par E. A

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