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dimanche 26 septembre 2021

Confinement : les commerçants dénoncent le racket des agents de la mairie

Pendant le confinement, les contrôles de la mairie de Libreville se multiplient dans les supérettes et épiceries. Excédés, les commerçants parlent d’abus et de racket.  

Les agents contrôleurs de la mairie de Libreville verbalisent, en plein confinement, les tenanciers des supérettes et autres épiceries installées dans les quartiers. Les appels à la suspension des taxes municipales lancés par les syndicats du secteur semblent ne pas porter de fruits. 

« La dernière fois, les agents de la mairie m’ont pris 20 000 francs. Ils disaient avoir trouvé une boîte de lait Nestlé périmée, alors que toutes les autres boîtes étaient bonnes », explique Ba Samba, épicier à Mindoubé 2. Le commerçant ne s’oppose pas aux contrôles, mais se plaint des abus.  Et il y’en aurait de plus en plus avec la crise sanitaire.

Ailleurs trois commerçants mauritaniens auraient été sommés de payer des amendes pour des motifs similaires, en témoignent les copies de certaines fiches d’amendes. Sur l’une d’elles, un établissement dénommé « Super commerce » situé aux Charbonnages, dans le 1er arrondissement, s’est vu infliger une amende de 200 000 francs pour non-respect des normes d’hygiène, présence de produits avariés, boîtes cabossées, en plus de la mauvaise conservation de denrées alimentaires.

Similitudes

Le même agent verbalisateur, N. P, qui se présente sur les documents comme chef de service de la brigade spéciale de l’Inspection générale municipale de l’hôtel de ville, délivre une fiche d’amende à la supérette Mohamed Abdoulaye d’un montant de 150 000 francs CFA pour les mêmes motifs.

Ces similitudes amènent les commerçants contrevenants à remettre en cause les contrôles qu’ils qualifient clairement « d’arnaque » voire de « racket. » 

Partie d’une fiche d’amende indiquant la somme à payer

 » Les contrôleurs profitent aussi du fait que la plus part des commerçants sont illettrés ou s’ils ont fait l’école c’est dans une autre langue », fait observer le propriétaire d’une supérette, au quartier Mindoubé 1.

Version officielle

« Il y a beaucoup de contrôles de la mairie  que nous subissons ici, mais je crois que certains sont des faux », soutient un commerçant sénégalais. « Quand vous avez un congélateur, vous recevez les contrôles de  la mairie, l’Agasa, la DGCC. Or, tous font le même travail », commente un Mauritanien non loin. Un phénomène « classique » à Libreville.

Contactée par notre rédaction, la direction de la communication de la mairie de Libreville affirme qu’en ce moment le prélèvement des taxes a été interrompu. Toutefois, les agents restent sur le terrain pour veiller au respect des normes d’hygiène par les commerçants. Ils peuvent à titre « exceptionnel » infliger une amende.

Les témoignages recueillis auprès des boutiquiers et autres épiciers parlent d’amendes qui sortent du cadre de l’exception. Et d’autres voix discordantes au sein de la mairie contredisent la version officielle. « Les activités liées au recouvrement n’ont pas été suspendus, » affirme un employé municipal, sous couvert d’anonymat.

Partie de la fiche indiquant l’infraction

Certains accusent le maire de mettre en danger la vie des agents et aussi de la population. « L’appât du gain les expose au risque de contamination. » « Que vont-ils vraiment faire sur le terrain alors que beaucoup de commerces sont fermés ? » demande un autre employé de la mairie. Les agents se rabattraient sur le peu de commerce qui restent ouverts.

Un vieux principe

Seulement ces commerces de proximité deviennent plus qu’indispensables dans les quartiers, en cette période de confinement. Ils permettent aux habitants de s’approvisionner. « L’argent que me prennent les gars de la mairie, je suis obligé de le récupérer chez mes clients, » confie notre épicier sénégalais. C’est un principe vieux comme le commerce et qui impacte le pouvoir d’achat des Gabonais.

Dans cette période où les Gabonais confinés crient famine et où certains courent après des kits et des bons alimentaires, ont-ils besoin de voir répercutés les taxes et amendes municipales sur les denrées de premières nécessités ?  Et si la mairie s’arrimait à la logique du président Ali Bongo Ondimba qui veut que l’on vienne en aide aux personnes économiquement faibles ?

Cela commence par une trêve fiscale. Et là, tout est entre les mains du premier magistrat de la capitale qui devrait peut-être remettre de l’ordre au sein de ses troupes.