Creativity

Innovation

Originality

Imagination

 

Salient

Salient is an excellent design with a fresh approach for the ever-changing Web. Integrated with Gantry 5, it is infinitely customizable, incredibly powerful, and remarkably simple.

Download
vendredi 26 février 2021

Persis Lionel Essono Ondo : le cœur de la diaspora se trouve au Gabon

Ancien porte-parole du candidat Jean Ping en France, Persis Lionel Essono Ondo vit désormais loin de la politique. Co-fondateur d’une banque d’affaires, il fait partie de cette diaspora qui se construit dans l’Hexagone, le regard tourné vers le Gabon.

 

Lors de la présidentielle de 2016, vous étiez au-devant de la scène. Aujourd’hui, vous vous faites rare.

Tout d’abord, je tiens à présenter mes sincères condoléances à la famille et aux proches du docteur Marcel Eloit Ranhandi Chambrier durement éprouvés par le décès survenu à Libreville de ce grand commis de l’Etat. Nous garderons de lui le souvenir d’un pionnier dans l’essor de la médecine dans notre pays. Il lègue aux générations futures une des meilleures cliniques privées de la sous-région d’Afrique centrale. Son héritage politique est plus mitigé, je laisse le soin à ses héritiers putatifs d’en dresser l’inventaire le moment venu.

Pour revenir à votre préoccupation, je ne me fais pas rare. J’ai pris la décision de prendre du recul, de me retirer du jeu politique, pour prendre le temps de voir grandir mes deux enfants, écrire un livre et poursuivre la structuration de ma banque d’affaires et d’investissement.

 

Récemment, vous vous êtes insurgé contre l’arrestation des deux femmes qui se sont « fiancées » à Makokou…

Le législateur gabonais, en l’espace d’une année parlementaire, a pénalisé puis dépénalisé l’homosexualité en droit positif gabonais. En effet, avant 2019, l’homosexualité n’était pas criminalisée par le code pénal. En 2019, un nouveau code pénal entre en vigueur, comptant parmi les atteintes aux mœurs : « les relations sexuelles entre personnes du même sexe », punissables de six mois de prison au plus et de 5 000 000 franc CFA au plus. Le 23 juin 2020, les législateurs de la chambre basse du parlement gabonais votent la dépénalisation de l’homosexualité. Le texte est adopté au Sénat le 29 juin suivant.

Si la pénalisation de l’homosexualité n’a pas suscité de débat particulier dans l’opinion, c’est parce que la société gabonaise dans sa majorité est hostile à la pratique de l’homosexualité. Le débat houleux qui a précédé l’adoption de la dépénalisation se justifie pour les mêmes raisons.

Jour d’audience des femmes accusées d’atteinte aux bonnes mœurs.

Dans le cas de ces deux femmes, il convient de se demander pourquoi les autorités judiciaires se sont empressées de les mettre aux arrêts. L’homosexualité étant dépénalisée au Gabon, le mariage entre personnes de même sexe demeure proscrit par le code civil. Même si, il est vrai que la cérémonie de présentation organisée par ces deux femmes, dans un cadre strictement privé, choque les populations et les croyants qui y voient une abomination, il n’en demeure pas moins que du point de vue du droit, ces femmes n’ont violé aucune loi gabonaise.

Certains collègues et amis ont qualifié cet acte de mariage coutumier ou encore de fiançailles au sens du code civil ancien. Il n’en est rien en l’espèce. D’autres puristes ont évoqué la violation de l’ordre public et des bonnes mœurs. Cette justification est inopérante dans la mesure où, par le mécanisme de la dépénalisation, le législateur a soustrait l’homosexualité des atteintes aux bonnes mœurs et vide par conséquent, l’infraction de son élément légal.

Je crois personnellement, que la saisine du juge constitutionnel aurait été utile pour fixer le législateur sur la question de l’homosexualité au Gabon. Notre loi fondamentale a réglé la question en affirmant dans son préambule que « le peuple gabonais proclame solennellement son attachement à ses valeurs sociales profondes et traditionnelles, à son patrimoine culturel, matériel et spirituel ». Nul ne peut affirmer que l’homosexualité est une valeur sociale, profonde et traditionnelle au Gabon.

Dans le souci de donner de nouveaux droits à une catégorie de citoyens particulièrement aphones sur leurs revendications, le législateur gabonais, sous l’impulsion de l’exécutif, a choisi de violer la Constitution de la République Gabonaise.

 

Qu’est-ce qui pourrait aider à dynamiser la diaspora gabonaise ?

J’ai toujours eu du mal avec la définition que les journalistes et autres acteurs de la vie publique ont de la notion de « diaspora gabonaise ». Il est inapproprié de classer dans cette catégorie que des Gabonais politiquement engagés à l’extérieur. C’est une erreur qui conduit à opposer les citoyens les uns aux autres et je suis contre cette atomisation. La diaspora gabonaise est composée de l’ensemble des citoyens gabonais qui, pour des raisons diverses, ont choisi de vivre dans un autre pays que leur pays d’origine.

A l’époque où j’étais membre du bureau du Conseil des Gabonais de France (CGF), on comptait moins de 10000 Gabonais installés en France. J’imagine qu’avec l’arrivée massive des exilés politiques entre 2016 et 2020, ce nombre a considérablement augmenté. Si l’on fait le ratio entre le nombre de personnes inscrites sur les listes électorales à l’étranger en 2016 ( 7 638 inscrits ) et le nombre de Gabonais vivant en France, les citoyens gabonais politiquement engagés sur la place parisienne ne sont pas représentatifs de la diaspora gabonaise de France.

Les Gabonais politiquement engagés ne sont pas représentatifs de la diaspora gabonaise de France.

Nous avons en France, une diaspora qui transcende les clivages politiques, qui travaille et étudie. On y trouve des médecins, des architectes, des informaticiens, des entrepreneurs, des journalistes talentueux, des femmes et des hommes d’une très grande qualité qui s’activent chaque jour pour donner du Gabon une image qui tranche avec les divisions du landernau politique. Cette diaspora n’a pas besoin qu’on la redynamise, elle est déjà dynamique.

Elle a besoin de pouvoir rentrer dans son pays sans craindre une arrestation arbitraire à l’aéroport de Libreville. Elle a besoin d’une plate-forme d’accompagnement pour investir au pays et contribuer sereinement au décollage économique du Gabon. Elle veut se réapproprier le Gabon dans la fraternité et la bienveillance. Je suis membre de cette diaspora qui vit en France, mais dont le cœur et l’esprit se trouvent au Gabon.

Aujourd’hui, il est difficile de ne pas reconnaître l’impact de la diaspora politique dans l’éclosion d’un nouveau type de citoyen gabonais. L’apport des mouvements politiques en France et aux USA est incontestable. Le dynamisme et le réveil démocratique des diasporas africaines ne laissent aucun gouvernement insensible. En effet, l’investiture positive de la communication numérique dans le débat public, rend difficile les tentatives de limitation de la liberté d’informer. La diaspora gabonaise a contribué à ce réveil citoyen. Ainsi, je pense qu’à l’instar des diasporas des pays frères comme le Mali, la diaspora gabonaise mérite d’avoir des représentants à l’Assemblée Nationale. L’Etat, garant des libertés individuelles, doit permettre à tous les citoyens d’exprimer leurs aspirations dans le cadre des institutions de la République

 

Vous avez monté une banque d’affaires et d’investissement…

J’ai découvert la finance, plus spécifiquement le capital-investissement en débutant comme consultant chez Nexus Capital Markets. J’ai appris, je me suis formé et je suis devenu manager en moins de cinq ans. Mon départ de Nexus a coïncidé avec une rencontre qui m’a conduit à structurer une opération pour une société basée à Londres. Avec des partenaires, nous avons décidé de fonder une banque d’affaires et d’investissement dénommée Racine Investissement Bank (Rib). Bénéficiant d’une licence européenne, nous avons fait le choix d’installer le siège de notre groupe à Londres et, dans la perspective du Brexit, comme la majorité des boutiques, nous avons décidé de renforcer notre centre opérationnel en France en prenant des bureaux sur le boulevard Hausman à Paris.

Une rencontre m’a conduit à structurer une opération pour une société à Londres.

Je suis donc co-fondateur et managing director de RIB. Et plus récemment, j’ai rejoins le fonds d’investissement Auralp Ambitions Export comme venture partner. Il s’agit d’un fonds basée à Lyon dans la quatrième région la plus dynamique d’Europe. Il investit prioritairement dans l’innovation et les technologies d’avenir en Europe, en Afrique et en Asie. En juin 2020, Racine Investissement Bank a signé un mandat d’accompagnement en Afrique du Fonds d’investissement Auralp Ambition Export.


Etes-vous prêt à rentrer pour apporter votre expertise au Gabon ?

Je crois qu’avec le développement des nouvelles technologies de l’information, la crise du coronavirus nous a prouvé que l’on peut être utile à son pays en vivant à l’étranger. Avec, mes camarades, nous avons servi la cause du Gabon avec fierté en étant loin de nos villages. Le plus important est de savoir rester à sa place et accomplir avec abnégation et efficacité la tâche pour laquelle on a été affecté. C’est avec humilité que je crois que je peux contribuer à mon niveau à changer la face du Gabon dans les prochaines années.

Je suis Gabonais et j’appartiens à cette diaspora qui vit en France avec le cœur et l’esprit en Afrique. Rentrer dans mon pays, retourner à Bitam pour soigner la tombe de ma mère et celles de mes grands-parents est une évidence. Mon père est vieux. Il commence à se fatiguer, il a besoin de moi.

Je vais rentrer chez moi parce que, c’est au Gabon que tout ce que je fais en France prendra tout son sens. Je suis reconnaissant à la France pour tout ce qu’elle m’a donné mais, j’ai compris avec le temps, que pour la jeunesse africaine, l’avenir est en Afrique et l’avenir c’est l’Afrique.

Propos recueillis par E.D Amvane 

 

A propos de la Racine Investissement Bank 

www.racineinvestmentbank.com