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Laurence Ndong : « La diaspora n’est pas divisée, elle est diversifiée »

CONTENNNTSTSH DIH DSHDS

Enseignante-chercheure, femme politique et présidente du mouvement Debout Peuple, Laurence Ndong, fait partie des Gabonais de l’étranger en lutte contre le pouvoir à Libreville. La diaspora a rendu hommage aux morts des troubles post-électoraux de 2016. Laurence Ndong revient sur cette initiative et sur les différents courants au sein de l’opposition basée à l’étranger. Elle s’exprime également sur la nomination d’une femme au poste de premier ministre. « Il s’agit d’un non-événement ». Dans le viseur de l’opposante prime le combat contre le règne du Parti démocratique gabonais avec à sa tête le Distingué camarade président et Président de la République.

Vous avez annoncé le lancement du mouvement « 5 minutes pour la vie » de quoi s’agit-il ?

« 5 minutes pour la vie », n’est pas un mouvement, mais une initiative visant à rendre un vibrant hommage à nos compatriotes lâchement assassinés le 31 août 2016 et à tous ceux qui sont tombés sous le feu et la barbarie de la dictature qui est à la tête de notre pays depuis 53 ans.
Nos martyrs sont morts pour nos vies. Ils se sont sacrifiés pour nourrir notre espérance. Ils sont nos héros, ils sont nos modèles.

 

Vous faites partie de cette diaspora qui exige le départ du pouvoir d’Ali Bongo. On est loin des grands rassemblements de Gabonais en 2016 et 2017 au Trocadéro contre le pouvoir en place. Aujourd’hui, l’opposition à l’étranger se fait plus remarquer pour ses divisions et ses querelles dans les réseaux sociaux. Comment peut-elle être efficace et crédible ?

Il n’y a pas que la diaspora qui exige le départ de Bongo Ondimba Ali et son régime. Ce départ est le vœu, le souhait et l’aspiration du peuple gabonais. Nos compatriotes, qu’ils résident au Gabon ou à l’étranger, aspirent au changement, à la liberté et au bien-être, et ils n’acceptent plus d’être privés de leurs droits à la démocratie et à la dignité.

Il n’est un secret pour personne que Bongo Ondimba Ali n’a pas été élu, qu’il s’est imposé à la tête du Gabon par la force et la violence. Le peuple, dans sa diversité, exige simplement le respect de sa souveraineté. Choisir ses dirigeants et pouvoir les démettre est un droit fondamental pour tous les peuples. Ne pas respecter la volonté du peuple clairement exprimée dans les urnes, est une violation de sa souveraineté et cela est inacceptable. On ne conduit pas la destinée d’un peuple contre sa volonté.

 » Nos martyrs sont morts pour nos vies. » capture d’écran.

L’une des principales caractéristiques des dictatures, c’est d’agir à huis clos. Le pouvoir en place au Gabon ne déroge pas à cette règle. Il s’emploie à faire taire toutes les voix divergentes. Comme si réduire le peuple au silence légitimait leur forfaiture et leurs exactions. Le nombre de prisonniers politiques et la recrudescence des enlèvements des leaders d’opinion, en sont les parfaites illustrations.

Vitalité et soif de pluralité

A défaut de pouvoir restreindre la liberté d’expression de ceux qui dénoncent ses déviances, le régime dictatorial à la tête de notre pays tentent de semer la confusion au sein de l’opposition et de la résistance. Ce que vous appelez des divisions sont davantage des divergences d’appréciation et de vue mais l’objectif reste le même. Il faut garder à l’idée que défendre une même cause n’implique pas qu’on appartienne nécessairement à la même organisation.

N’oublions pas que c’est la pensée unique qui est la base des régimes autocratiques et totalitaires. Lorsqu’Omar Bongo crée le Parti Démocratique Gabonais en 1968, il institutionnalise le parti unique avec pour objectif d’interdire la liberté d’association et d’expression au motif que tous ceux qui voulaient le bien du Gabon n’avaient pas d’autres choix que d’adhérer à son parti. Or, la liberté d’association est un droit fondamental. Les Gabonais ont le droit de créer librement autant d’associations et d’organisations qu’ils souhaitent selon leurs aspirations et leurs convictions.

La diversité d’opinions ou d’associations, les différences ou les nuances, alimentent et enrichissent le débat d’idées. Elles ne sont pas à confondre avec la division. La diversité n’est nullement synonyme de rivalité, encore moins d’adversité. Elle est une richesse et elle n’est pas un obstacle à l’unité.

Non, la diaspora n’est pas divisée, elle est diversifiée, elle exprime sa vitalité et sa soif de pluralité et c’est ce qui fait sa force.

 

N’est-ce pas plus facile pour vous de parler de dictature ou de « dénigrer votre pays, » pour citer vos adversaires, depuis Paris ? Les opposants ne devraient-ils pas mener le combat dans l’arène politique au Gabon à l’exemple de Jean Ping et d’autres ? Et ce malgré les tracasseries ?

Les Gabonais ont le droit de vivre où ils veulent. Vivre à l’étranger n’ôte en rien la légitimité que l’on a à se soucier de la situation de son pays et à se battre pour lui. S’engager pour défendre la démocratie, la liberté et l’Etat de droit n’est pas exclusivement réservé à ceux qui vivent au Gabon. De nombreux Gabonais vivent à l’étranger pour diverses raisons et de là où ils sont, ils se doivent d’être l’écho des voix que le régime étouffe et bâillonne. Ils sont les portes-voix de la souffrance de leurs familles et plus globalement de leurs compatriotes. Et cela n’est rien d’autres que du patriotisme.

Pour répondre à l’autre volet de votre question, je pense que parler de tracasseries, est un euphémisme. Disons clairement les choses en qualifiant les faits. Ce que vous appelez tracasseries, ce sont des atteintes aux libertés, des arrestations et des détentions arbitraires comme celles dont ont été victimes plusieurs de nos compatriotes. On peut citer entre autres, l’exemple de Landry Amiang Washington, arrêté dans la zone internationale de l’aéroport Léon Mba et détenu arbitrairement pendant près de 4 ans pour avoir dénoncé les méfaits du régime.

Est-ce normal que des citoyens subissent ce que vous appelez des tracasseries et que moi j’appelle des violations de droits et qu’ils soient ainsi maltraités pour avoir exprimé leur opinion ?

Inversion des rôles

Et pourquoi serait-il plus facile de parler de l’étranger ? C’est précisément parce que la dictature au pouvoir ne respecte pas la liberté d’expression, bafoue toutes les libertés fondamentales. Quel intérêt y aurait-il à aller se jeter dans la fosse aux lions au Gabon quand on est utile pour la lutte en étant en liberté à l’étranger ? Aujourd’hui, le pays compte un nombre important d’exilés politiques du fait de la violence et de la barbarie de la dictature au pouvoir. Fallait-il qu’au nom du courage, ils se laissent tuer ? Je ne partage pas cet avis.

Notre combat est un combat d’idée, nous le menons pour défendre des principes et des valeurs. A ce titre, l’action de tous ceux qui sont épris de justice, de démocratie et de liberté est pertinente, et ce, qu’ils se trouvent au Gabon ou à l’étranger.

Ne nous trompons pas, dénoncer les exactions de la dictature et les mauvaises conditions de vie infligées au peuple gabonais, ne peut pas être synonyme de « dénigrer son pays ». Se taire en situation d’injustice et face aux exactions de ce régime est une complicité et même une lâcheté. C’est corrompre le bon sens et tronquée la réalité. C’est inverser les rôles en faisant passer les bourreaux pour des victimes et les victimes pour des bourreaux.

Cela est très courant sous les dictatures. C’est ce qu’on appelle la transvaluation, l’inversion des valeurs. Agir contre la volonté du peuple ne déshonorerait pas le pays ? C’est la dénonciation de ce mal et exprimer son indignation et son opposition qui seraient un dénigrement ? C’est comme demander à une enfant victime d’inceste de se taire au motif qu’il faille préserver la dignité du violeur. On aggraverait le cas de la victime en protégeant son bourreau, qui pourrait ainsi continuer à perpétrer ses méfaits en toute impunité.

La situation dans laquelle ce régime a plongé notre pays est une honte. Le pays est rabaissé, humilié, bafoué par l’incompétence, l’inconséquence, l’incohérence, le mensonge, la corruption, la concussion, et les détournements de deniers publics. Nous avons l’impérieux devoir de dénoncer cela. Nous le faisons et nous continuerons à le faire.

File d’attente pour l’eau à Belle-vue 1 – Libreville

Tous les peuples qui sont respectés dans le monde, le sont grâce au rayonnement qu’ils donnent à leur pays dans le concert des nations. Les indicateurs sociaux de chaque pays sont disponibles et consultables par tous. Alors, vous trouvez que le Gabon est honoré quand il est classé parmi les pays plus corrompus d’Afrique ? Est-il honoré quand 80% de ce qu’il consomme vient de l’étranger ? Est-il honoré quand ses routes, lorsqu’elles elles existent, sont pires que des pistes d’éléphant ? Est-il honoré quand son système de santé est en déliquescence ? Est-il honoré quand son système éducatif a le taux de redoublement le plus élevé au monde, selon la Banque Mondiale, avec des années universitaires qui se chevauchent ? Les années universitaires 2018-2019, 2019-2020 ne sont pas terminées et la rentrée scolaire 2020-2021 est programmée pour le début du mois de novembre prochain.

 

En 2016, vous aviez décidé de faire confiance au candidat Jean Ping. Quatre ans après, qu’en-est-il, lorsqu’on sait que pour plusieurs de vos frères d’armes, la page de 2016 est désormais tournée.

Depuis l’avènement du multipartisme, les Gabonais dans leur majorité, n’ont jamais accordé leur suffrage à un Bongo Ondimba, qu’il se prénomme Omar ou Ali. En 1993, ils avaient voté massivement pour Paul Mba Abessole, en 1998 et 2005 pour Pierre Mamboundou, en 2009 pour André Mba Obame et en 2016 pour Jean Ping. A chaque fois, la dictature s’est maintenu au pouvoir par des coups d’Etat militaro-électoraux.

Notre priorité, c’est la libération de notre pays, la mise à terre de ce régime dictatorial qui opprime notre peuple et viole sa souveraineté. Les élections présidentielles de 1993, 1998, 2005, 2009 et 2016 ne sont pas derrière nous. La volonté manifeste du peuple d’en finir avec cette dictature, lors de ces échéances électorales, n’a jamais tari. Chaque dictature étant « génétiquement » incapable d’amélioration ou plutôt étant programmée pour empirer, la libération du Gabon est une urgence absolue.

Rose Christiane Ossouka Raponda, lors de sa déclaration de politique générale.

En juillet dernier, Rose Christiane Ossouka Raponda a été nommée Premier Ministre. C’est la première femme à occuper ce poste. Comment interprétez-vous cette nomination ?

Comme je l’ai dit dans l’interview que j’ai accordée à vos confrères de la Voix de l’Amérique le jour même de cette nomination, il s’agit d’un non-événement. Au Gabon, des femmes occupent des postes importants depuis bien longtemps. Une femme est à la tête de la Cour Constitutionnelle depuis près de 30 ans, une femme préside le Sénat et une femme a été Présidente de la République par intérim mais Présidente de la République quand même. Cela n’a eu aucun impact positif sur la vie des Gabonais. Ces femmes n’ont pas été distinguées à la faveur de leur genre ou de leurs compétences, mais pour leur loyauté et leur connivence avec le régime dictatorial qui est assis sur la prédation des ressources du Gabon au profit d’une minorité.

Au demeurant, Mme Ossouka Raponda a livré les coulisses de sa nomination par ses remerciements, particulièrement appuyés, à Sylvia Bongo-Valentin pour son rôle dans sa nomination. Jamais l’épouse d’un dictateur n’avait été aussi solennellement remerciée dans une cérémonie officielle marquée par le sceau des exigences constitutionnelles. Il fallait, bien évidemment, honorer celle qui assure en toute illégalité la régence à la tête du Gabon et apporter la preuve publique de l’allégeance à cette dernière.

 

Madame le Premier Ministre a fait sa Déclaration de politique générale le vendredi 04 septembre, qu’en avez-vous retenu ?

Pas grand-chose si ce n’est une litanie d’incongruités, d’incohérence et de mensonges.


Madame Ossouka Raponda ne décide d’ores et déjà de rien, même pas du contenu approximatif et superficiel de son propos devant les députés, encore moins de la prévisible inaction de l’équipe qu’elle est chargée de conduire et qui du reste, a déjà fait ses preuves en inconséquence et en incompétence sous l’autorité de son prédécesseur.


Gouverner c’est prévoir, anticiper, planifier, agir, évaluer, améliorer. C’est cela la responsabilité. Ce n’est pas promettre, mentir, interdire, opprimer, délaisser, déconstruire, travestir, voler et violer. Cela, c’est de l’irresponsabilité et c’est la panacée de l’offre politique de Madame Ossouka Raponda au service de la dictature. Voilà ce qui est à retenir de cette déclaration de politique générale.

Propos recueillis par E. A

La CNR contre les démons du tribalisme

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Dans une déclaration, la CNR s’insurge contre certaines voix « tentées par les thèses et les démons du tribalisme ». Elle invite les citoyens à faire preuve de vigilance pour éloigner le pays du piège de la discorde.

Ennemi commun au-delà des frontières depuis de nombreux mois, la pandémie du covid-19 ne semble pas être le seul élément à craindre au Gabon actuellement. En effet, depuis plusieurs jours, un nouveau débat tend à prendre de l’ampleur avec pour principal objectif ternir le tissu social déjà peu reluisant depuis ces dernières années, en l’occurrence ‘’le tribalisme’’.

Si plusieurs voix de la société civile se sont aussitôt levées sur les réseaux-sociaux pour condamner cette pratique d’un autre âge, Jean Ping et les siens viennent également de hausser le ton afin d’exprimer leur « ferme volonté de ne pas laisser prospérer les germes du repli ethnique. »

« Dans ce climat particulièrement sombre, le peuple gabonais a plus besoin de se sentir protégé et rassemblé que d’être écrasé et divisé. Cet objectif n’est pas à la portée du régime qui mesure cruellement, l’ampleur de son rejet par nos concitoyens », lance la Coalition pour la nouvelle République.

Pour les opposants radicaux, le constat est amer. « La CNR observe avec une vive préoccupation, que certaines voix, entendues ces derniers jours, sont tentées par les thèses et les démons du tribalisme. Certains veulent entraîner le pays vers d’autres chemins, rejoignant ainsi les rangs des partisans de la terre brûlée qui sont à l’œuvre, depuis qu’ils ont été rejetés par le peuple gabonais aux présidentielles de août 2016 », déclare la CNR.

Guerre civile

Fidèle à sa posture la CNR estime que la responsabilité de cette situation incombe principalement au pouvoir en place. « La reconnaissance de la souveraineté du peuple gabonais, c’est-à-dire le libre choix de ses dirigeants, demeure la principale préoccupation. Les Gabonais sont suffisamment meurtris. Le Gabon est particulièrement éprouvé. Partez, mais ne brûlez pas le Gabon. Aucun Gabonais ne vous le pardonnera », clame-t-elle.

La Coalition pour la nouvelle République

A l’endroit des citoyens, la CNR prône la vigilance et la  résistance afin d’éloigner la Gabon du piège de la discorde. Et face aux partisans de la division, elle réaffirme haut et fort son rôle de repère, de référence et de gardien inlassable de la préservation du Gabon entre toutes les velléités et ruses conduisant à la guerre civile.

Revoilà Jean Ping

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Resté silencieux depuis plusieurs mois, le leader de la Coalition pour la nouvelle République de l’opposition, Jean Ping s’est exprimé samedi.  Il dénonce une destruction programmée à la tête de l’Etat et en appelle aux institutions habilitées par la Constitution à déclarer la vacance de pouvoir.

Comme il n’a cessé de le faire depuis la présidentielle de 2016, le leader de l’opposition dite radicale, Jean Ping s’est à nouveau exprimé ce weekend. Cette fois hors de sa résidence privée et de son quartier général. Il a tenu à donner l’alerte de ce qu’il qualifie de ‘’destruction programmée’’ du Gabon.

« L’heure est grave. La crise que traverse notre pays est inédite dans sa durée et sa dureté. Aujourd’hui, le pays, notre nation et notre terre, est dans un chaos qui dépasse les limites du supportable », lance-t-il, d’entrée de jeu. .

Fidèle à sa posture de président élu au soir du 27 aout 2016,  il interpelle le peuple à se lever afin de préserver ‘’ ce que nous avons de plus authentiquement gabonais, les valeurs et les mânes de nos ancêtres’’. «  Vous vous tenez à mes côtés dans ce combat dont j’ai pris la tête. Depuis plus de trois ans, personne ne peut mettre en doute ce que je considère comme notre engagement commun. »

Si les maux qui minent le Gabon restent les mêmes, au regard des nombreuses déclarations de l‘opposition dite radicale, cette fois-ci, il affirme que cette ‘’ déliquescence à la fois de la société et de l’Etat’’ se caractérise par ‘’ l’anarchie qui s’établit au sommet de l’Etat’’

Marionnette

Faisant référence à l’état de santé du président Ali Bongo Ondimba, Jean Ping estime non seulement que le Gabon a basculé dans l’inconnu, mais il est surtout livré aux aventuriers, piétiné, martyrisé, humilié, et ce aux yeux du monde.

Pis, les récentes sorties publiques du président de la République n’ont pas su convaincre. Elles n’ont fait que conforter l’idée selon laquelle, Ali Bongo n’est plus apte à diriger le navire. « Plus qu’une conviction, il s’agit d’un constat définitivement accablant qui saute aux yeux du monde. Ali Bongo n’est plus en capacité de gérer le pouvoir usurpé, au point de servir de marionnette à de nouveaux usurpateurs qui livrent le pays aux enchères », affirme-t-il.

Si pour une partie de l’opinion, ce constat du candidat malheureux de la présidentielle de 2016 saute aux yeux, ils se demandent ce qu’il propose pour en sortir.  Sur cette question, la posture de Jean Ping reste intacte. Si les institutions habilitées par la Constitution doivent déclarer la vacance de pouvoir, il estime également qu’une partie de la solution demeure dans l’action du peuple gabonais, des pays amis, mais surtout de la France.

Commentaires

Par ailleurs, son espoir reste attaché à la restitution du pouvoir qui lui aurait été volé au soir  du 27 août 2016. Aussi, entend-il poursuivre l’action diplomatique pour garantir une passation pacifique du pouvoir.

Mais, le seul bémol aujourd’hui, c’est que même dans l’opposition, les données ont changé. Non seulement, l’acteur politique ne jouit plus de la même popularité, mais plusieurs de ses anciens soutiens ont rejoint le pouvoir.

Par ailleurs, les commentaires semblent acerbes et sceptiques sur cette énième déclaration  qui  laisse plus les observateurs sur leur faim.

Nicolas Nguema : nous assignons en justice le citoyen Ali Bongo

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Président du parti de l’opposition radicale Pour le Changement- PLC, Nicolas Nguema fait partie du mouvement Appel à agir. Le collectif exige qu’une expertise médicale soit faite pour évaluer la capacité d’Ali Bongo à diriger le pays.

 

Qu’attendez-vous de l’assignation du président Ali Bongo Ondimba le 29 juillet devant la Cour ?

Nous attendons d’abord de la Cour d’Appel de Libreville  que les règles élémentaires qui président à la direction d’un procès équitable soient respectées. Nous souhaitons ensuite que soit révisée la décision du Président du Tribunal dont l’iniquité n’a d’égal que l’absence d’Etat de droit.

 

Votre démarche auprès de la cour est surprenante. En général, vous affirmez que la justice est aux ordres. Si Appel à agir n’obtient pas gain de cause, on peut s’attendre à ce que vous remettiez, encore, en cause l’impartialité de la justice ?

Depuis le 28 février dernier, nous avons inscrit notre action dans une démarche citoyenne et républicaine. C’est pour cette raison que nous avons saisi toutes les institutions de la République, notamment les Présidents de la Cour Constitutionnelle, du Sénat et de l’Assemblée Nationale, ainsi que le Premier ministre. Ces compatriotes ont fait le choix de se comporter en militants du PDG et en gardiens du pouvoir établi, plutôt que de se hisser au niveau des hautes responsabilités qui sont les leurs au sein de notre dispositif institutionnel.

Nous avons fait le choix de saisir la justice en responsabilité, parce que devant l’histoire et devant les hommes, nous continuons à affirmer que Monsieur Ali Bongo n’est pas en capacité d’exercer la fonction de Président de la République et demandons que toutes les conséquences constitutionnelles de cette situation soient tirées.

Des membres du collectif Appel à agir

 

Vous assignez le Président en justice et de l’autre côté le syndicat Dynamique unitaire proclame que  « Ali Bongo est mort », quelle est la meilleure méthode pour l’opposition ?  

Il nous semble nécessaire de procéder à quelques rectifications avant de vous répondre. Tout d’abord, nous n’avons pas assigné le président de la République en justice, mais Monsieur Ali Bongo. Il faudrait que cette ambiguité soit levée. Ensuite, il nous semble que Dynamique unitaire est une confédération syndicale, nous sommes surpris que vous attendiez d’elle une démarche concertée avec l’opposition. Enfin, même si la majorité d’entre nous a un engagement politique notoire et assumé dans l’opposition gabonaise, notre initiative est citoyenne, donc non partisane.

Ceci dit, il devient évident que ce sont les formations politiques de l’opposition qui doivent répondre à votre question et nous ne doutons pas qu’elles sauront le faire. Nous devons juste constater que l’opposition, comme l’ensemble de la société gabonaise, ne conteste pas qu’il est nécessaire de sortir le Gabon de la situation de crise actuelle et que la constatation de la vacance de la Présidence de la République constitue la seule réponse crédible.

 

Selon vous,  Ali Bongo Ondimba n’est plus en mesure d’assumer ses charges de président de la République. Que dites-vous de toutes les images d’audiences ou de ses différentes sorties, comme la dernière au musée de l’Homme ?  

Nous affirmons en effet que Monsieur Ali Bongo n’est plus en capacité d’assumer les devoirs de sa charge de président de la République. Nous l’affirmons eu égard à ce qu’il nous a été donné de constater depuis le 24 octobre 2018 et que nul ne conteste. Certes, il y a toutes les images et vidéos dont vous faites état qui visent à prouver que Monsieur Ali Bongo est bien en vie. Mais nous n’avons jamais demandé de preuve de vie. Nous avons demandé et nous continuons à demander une expertise médicale. Et vous pouvez nous croire, ceux qui s’évertuent à donner des preuves de vie de Monsieur Ali Bongo ont bien compris notre demande.

 

Qui dirige réellement le pays, si ce n’est pas Ali Bongo comme certains opposants le prétendent ?

Cette question que nous avons posé le 28 février dernier, que nous continuons à poser, est dans l’esprit de tous les Gabonais et au-delà. Dans notre Appel à Agir, la prise de conscience était nécessaire. Il était nécessaire que chaque Gabonaise et chaque Gabonais prenne réellement conscience de la situation dans laquelle se trouve notre pays. Nous sommes heureux de constater aujourd’hui que même celles et ceux qui, il n’y a pas longtemps nous menaçaient sans réserve, ont tous fini par admettre l’évidence. Notre pays est l’otage d’aventuriers imposteurs qui exercent frauduleusement les prérogatives du Chef de l’Etat.

 

Dès le début vous aviez donné comme ultimatum au pouvoir, le 31 mars pour prouver la capacité d’Ali Bongo Ondimba. Vous aviez également demandé à la population de se lever, mais rien ne s’est passé et personne ne vous a suivi. On dirait votre combat n’est pas au cœur des préoccupations des Gabonais.

Si nous n’avions pas lancé cette initiative, si nous n’avions pas entrepris d’interroger le pays et le monde, croyez-vous que Monsieur Ali Bongo aurait été ramené à Libreville par ses geôliers le 23 mars 2019, soit trois semaines après notre déclaration de la Chambre de Commerce ?

Nous avons le sentiment que notre Appel à Agir trouve de plus en plus chaque jour un écho favorable dans l’opinion et au sein du corps social. Loin de nous l’intention de nous attribuer la paternité des initiatives multiformes et de diverses origines qui toutes réclament toute la vérité sur l’état de Monsieur Ali Bongo, bien au contraire, nous les saluons toutes. Nous avons demandé aux Gabonais d’agir, chacun en conscience, selon ses capacités et ses principes.

Paul Kagamé et Ali Bongo – juin 2019

 

Depuis le retour de convalescence du président Bongo, plusieurs chefs d’États, comme Paul Kagamé du Rwanda, lui ont rendu visite.  Ils ont vu un président en capacité de diriger. Vous doutez de leur probité morale ?

Les chefs d’État étrangers, quels qu’ils soient sont au service de leur pays et de leur peuple. Ils ne sont ni responsables, ni comptables du devenir du Gabon et des Gabonais. Ne leur demandons pas de venir gouverner notre pays à notre place, n’attendons pas d’eux qu’ils fassent notre travail. La citoyenneté s’exerce personnellement et pleinement, elle ne saurait être déléguée à un chef d’État étranger.

 

Si le président ne répond pas présent le 29 juillet, quelle suite donnerez à votre mouvement ?

Monsieur Ali Bongo est d’abord un citoyen Gabonais. Le 23 septembre 2016, il a prêté serment pour exercer la fonction de président de la République. Plus que tout autre Gabonais, il a le devoir de se plier à l’autorité de la loi en se présentant à cette audience personnellement ou à travers ses avocats. Si par extraordinaire Monsieur Ali Bongo venait à ne pas être présent ou représenté à cette audience, cela confirmerait sans contestation possible la pertinence de notre démarche. Mais de notre point de vue, pour gagner du temps et faire diversion, ses geôliers enverront certainement des avocats.

Propos recueillis par Christian Ngari

L’appel de Moukagni Iwangou à l’opposition

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Désormais au gouvernement au côté d’Ali Bongo Ondimba, l’ancien allié de Jean Ping, Jean de Dieu Moukagni Iwangou appelle l’opposition à «  dépasser les pleurs et les injures ».

Dans une publication sur sa page facebook du 22 juillet, le président de l’Union et Solidarité par ailleurs ministre de l’Enseignement supérieur, Jean de Dieu Moukagni Iwangou invite ses anciens alliés à dépasser les pleurs et les injures.

«  Pour porter une alternative valable pour le pays, l’opposition doit sécher ses larmes, et remettre l’ouvrage sur le métier. »

« À la légitimité par les pleurs et par les injures, nous devons nous mobiliser autour des idées, chaque jour mûries à la sève de notre combat historique, et actualisées aux exigences de la modernité », a-t-il lancé.

Cette nouvelle posture survient après son précédent appel à la construction d’une « majorité d’idées ».

Idéal

Selon le désormais opposant modéré, l’opposition dite radicale refuse toute remise en cause. Une attitude qui la conduit à ne pas regarder à l’avenir.

« Elle est réduite aujourd’hui à la bataille des sosies, pour s’être refusée hier, à l’appel des sans grade, d’apporter sa part, et de peser dans l’œuvre de relecture de la loi fondamentale. »

Aussi, ajoute-t-il, «  le combat politique est un dépassement de l’épreuve de l’affliction. » Pour cela, l’opposition doit pouvoir dépasser la douleur et regarder vers l’avenir avec des idées nouvelles pour le renouvellement du pays.

Par ailleurs, le président de l’Union et solidarité invite la classe politique à répartir vers l’essentiel, notamment, la mobilisation du peuple gabonais autour d’un « idéal de société, et non à une société idéale, parce que l’idéal n’est pas de ce monde. »

Santé d’Ali Bongo : le jeu de la mort entre le pouvoir et l’opposition

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Le gouvernement et l’opposition se disputent sur la mort supposée du président Bongo. Les audiences accordées par ce dernier laissent sceptiques certains Gabonais.

Il ne fait aucun doute  qu’Ali Bongo Ondimba n’est pas apprécié par une partie de la classe politique, notamment l’opposition radicale. Son accident cardio-vasculaire en octobre 2018 a été l’occasion pour certains de parier voire de souhaiter sa mort. Un pari perdu et un souhait non exhaussé pour ces opposants.

Après sa convalescence à Rabat au Maroc, le président Bongo a regagné son pays pour poursuivre sa mission à la tête de l’Etat. S’il fait preuve de discrétion, après cette phase difficile, Ali Bongo Ondimba travaille tout de même au Palais du bord de mer. L’activité du président de la République s’accentue sur le renforcement de la coopération bilatérale entre le Gabon et les pays de la sous-région. Mais aussi le suivi des dossiers, à travers des audiences accordées aux ministres, directeurs généraux et autres.

Mieux, Ali Bongo Ondimba a marqué le coup, le 8 juin dernier, en s’adressant aux Gabonais. Un discours qui a sonné la fin de la récréation pour ses collaborateurs.  Il appelait alors à une prise de conscience collective dans la gestion des affaires publiques. Le gouvernement restreint mis en place par le premier ministre, deux jours après, en est le symbole.

Pourtant, toute cette communication est loin de convaincre l’opposition radicale et des acteurs de la société civile tels que Jean Rémy Yama, président du syndicat la Dynamique unitaire.

Pain béni

Quand certains se contentaient de demander une expertise médicale pour prouver la capacité d’Ali Bongo Ondimba et d’autres mettaient en avant la thèse d’un sosie,  Jean Rémy Yama a affirmé qu’ ‘’ Ali Bongo Ondimba est mort, il n’existe plus ».

Le gouvernement qui a aussitôt rappelé au  respect de l’institution a annoncé des poursuites judiciaires contre le syndicaliste et toute personne qui déclarerait le président mort.

Jean Rémy Yama

Depuis, plusieurs leaders de l’opposition multiplient des déclarations de soutien à Jean Rémy Yama et d’autres à leur tour parlent de la mort du numéro un gabonais. Du pain béni pour les détracteurs du pouvoir.

Pourtant une question demeure. Quel est l’intérêt pour des hommes et des femmes respectables de déclarer mort un président vivant ?  D’une part l’opposition exige une expertise indépendante sur l’état de santé  et les capacités du président et, d’autre part, cette même opposition le déclare déjà mort. Quel message les Gabonais doivent prendre en compte dans cette stratégie brouillée ?

Folklore

Embrouillé, également, le gouvernement qui donne l’impression d’être à chaque fois sur la défensive. Pourtant, en dépit du fait qu’elle soit moins intense que d’habitude, l’activité d’Ali Bongo Ondimba est bien visible. Quel est l’intérêt  de le dire continuellement ?  Et pourquoi réagir du tac au tac ? Dès que l’opposition met la pression et veut des preuves de vie d’un président disparu des écrans pendant quelques jours, la communication présidentielle s’empresse d’inonder les réseaux et les rédactions de photos d’audience.

La dernière mise en scène s’est déroulée dans la cour de la Présidence où l’on voit ABO marchant et entouré de quelques collaborateurs. Et au moment où nous publions cet article, de nouvelles photos circulent dans les forums. On y voit Ali Bongo, cette fois, à l’avant d’une voiture conduite par son directeur de cabinet et derrière le directeur général du Budget, également demi-frère du président. Quel est l’intérêt d’exhiber ainsi un homme dont l’état de santé nécessite beaucoup de repos et aucun folklore ?

Cela démontre une certaine fébrilité dans l’entourage du président Bongo. Depuis l’AVC en Arabie Saoudite, la communication présidentielle n’a jamais su rassurer la population sur la santé du président.

Dans cette affaire, les Gabonais ne peuvent se fier ni à l’opposition qui peine à prouver la mort d’Ali Bongo, ni au pouvoir qui peine à prouver que le Président est vivant.