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Chantal Mengue M’Assoume ép. Siana est la coordonnatrice générale adjointe de Meke Me Nkoma. Elle parle de cette association qui défend la culture des Fangs de l’Estuaire.

Parlez-nous de l’association Meke Me Nkoma  » Agnos agnos ».

La création d’une association pour la valorisation et la préservation des valeurs culturelles et traditionnelles des ressortissants fang de l’Estuaire est née de la volonté d’un jeune compatriote, Jean Claude Obiang Mba. Il est parti d’un constat implacable et sans appel : la perte des valeurs culturelles par les nouvelles générations. Il devient de plus en plus rare de voir une personne qui s’exprime correctement en langue vernaculaire ou qui maîtrise les rituels traditionnels (mariage coutumier, deuil, veuvage, circoncision…) Après plusieurs échanges avec les notables et les jeunes de sa communauté, Jean Claude Obiang Mba crée le 10 septembre 2017 Meke Me Nkoma.

C’est une association apolitique à but non lucratif. Elle œuvre comme nous l’avons énoncé plus haut pour la préservation et la revalorisation des valeurs traditionnelles et culturelles de la communauté fang de l’Estuaire.

Sa devise « Amour-Solidarité-Fraternité ». Son solgan « Agnos », une autre façon de rappeler que malgré nos divergences d’opinion, nous sommes avant tout des frères et des sœurs d’une même communauté. Nous devons être ensemble autour de ce qui nous unis.

 

Vous dites prôner la défense des valeurs culturelles de votre province, quelle est votre démarche pour faire adhérer le plus grand nombre. Et qui peut adhérer à l’association ?

Nous rappelons que l’objectif de cette association n’est pas d’avoir une pléthore de membres. Il ne s’agit pas d’un parti politique, mais d’avoir des personnes convaincues que la culture des Fangs de l’Estuaire est en voie de disparition et qu’il faille faire quelque chose pour la revaloriser et la préserver.

Aussi, toute personne née de père et de mère fang de l’Estuaire, ou qui a l’un des ascendants, soit le père, soit la mère fang de l’Estuaire du Gabon et qui souhaite mettre en exergue les valeurs culturelles de sa communauté est éligible. Elle peut de ce fait adhérer à l’association.

 

Sachant qu’aujourd’hui, le monde prône l’ouverture, ne faites-vous pas un repli identitaire ?

La vision de l’association Meke Me Nkoma reste et demeure la préservation et la valorisation de la culture fang telle qu’enseignée et pratiquée à l’Estuaire du Gabon.

Nos conditions d’adhésion montrent à suffisance qu’il y a un métissage des populations et un maillage des cultures, vecteur d’une ouverture vers les autres communautés.

Aucune communauté ne peut plus vivre en vase clos. Nous sommes à l’ère des échanges culturels. Cette forme des meilleures pratiques consolide et enrichit mutuellement les communautés. Or pour bien vendre sa culture, il faut d’abord se l’approprier.

Non, je ne pense pas qu’on puisse parler d’un repli identitaire, mais d’une meilleure ouverture aux autres communautés.

Les membres de Meke Me Nkoma, le 8 février dernier

Lors de votre dernière manifestation pour le nouvel an, vous avez réservé un accueil spécial à l’un des vôtres aujourd’hui à la tête de la primature, Julien Nkoghe Bekale. Que pensez-vous de ceux qui affirment qu’il est avant tout le premier ministre de l’Estuaire ?

Julien Nkoghe Bekale est un natif et un notable de l’Estuaire avant d’être premier ministre. C’est à ce titre qu’il a été invité comme tous ses paires à la cérémonie du nouvel an organisée par le mouvement culturel Meke Me Nkoma. Toutefois, pour les règles de bien séance, n’importe quelle communauté aurait réservé un accueil chaleureux à un premier ministre qui honore de sa présence une invitation. D’un point de vue sociétal, dire que c’est le premier ministre des Fangs de l’Estuaire, n’est que pure distraction, un faux procès.

M. Julien Nkoghe Bekale est un premier ministre qui s’attache à maintenir les équilibres aussi bien dans la formation du Gouvernement que dans l’administration et cela, généralement au détriment de sa communauté. Cela démontre qu’il préfère adopter une posture d’homme d’Etat. Il suffit de regarder la composition du Gouvernement et les postes clés de l’administration gabonaise.

 

Pour terminer, quelques mots pour encourager nos lecteurs sur l’importance de valoriser son identité culturelle.

La culture est indivisible. C’est ce qui nous reste lorsqu’on a tout perdu. Un peuple qui ignore sa culture est un peuple sans repère qui ne peut pas retracer son histoire, vivre sans présent et encore moins se projeter dans le futur.

Ce n’est pas facile de fédérer un groupe de personnes. Dans notre cas, il y a eu plusieurs tentatives de création de ce type d’association qui ont avorté. Mais le plus important, c’est d’avoir à l’esprit la volonté de construire quelque chose de solide.

Ainsi, j’invite les autres communautés qui ont à cœur de mettre en exergue leur culture de ne pas s’arrêter à la première difficulté.

Propos recueillis par Esther Koumba